Réflexion personnelle
Un objectif mal défini fausse tout le reste
Par Roland DebrabantPublié le
On parle souvent de moyens, d’exécution, de ressources ou de performance.
Mais beaucoup de projets commencent à se compliquer bien avant cela : au moment où l’on définit l’objectif.
Parce qu’un objectif mal posé entraîne presque mécaniquement de mauvais choix derrière.
Les moyens ne sont pas les mêmes. Les compétences non plus. Les indicateurs de réussite changent.
Et surtout, chacun peut finir par poursuivre une version différente du même projet.
Bien définir ce que l’on cherche réellement à réussir
Il y a une différence importante entre :
« Nous allons créer un outil pour répondre à un besoin précis. »
et :
« Nous allons créer l’outil parfait qui permettra de tout piloter. »
Le sujet paraît proche.
L’objectif ne l’est pas.
Dans le deuxième cas, les moyens, les délais, le budget et les compétences nécessaires augmentent immédiatement.
C’est souvent là que les projets commencent à se déformer.
On ajoute des fonctionnalités, des attentes, des personnes autour de la table.
Et quelques mois plus tard, on ne sait plus très bien ce que l’on cherchait à réussir au départ.
Le sport m’a récemment rappelé cette nuance

Ces douze derniers mois, j’ai participé à plusieurs trails et je n’en ai terminé qu’un.
À quelques semaines de l’OCC, après une reconnaissance difficile, j’ai compris que faire de la ligne d’arrivée mon unique indicateur de réussite risquait surtout de m’empêcher de prendre le départ.
Mon objectif premier est alors devenu plus précis :
arriver suffisamment préparé pour pouvoir réellement participer à l’épreuve.
Cela ne voulait pas dire que je ne voulais plus terminer.
Bien au contraire.
Mais terminer était l’ambition maximale.
Participer dans de bonnes conditions était devenu le premier objectif.
J’avais enchaîné neuf mois sans blessure importante, respecté l’essentiel de mon plan d’entraînement et j’étais physiquement capable de courir plusieurs heures.
Je pouvais donc me présenter sur cette ligne de départ en considérant que j’avais fait ma part du travail.
J’ai finalement abandonné à mi-course.
Pour autant, je ne garde presque aucun regret de cette OCC.
Parce que je n’avais pas fait reposer toute la valeur de neuf mois de préparation sur un seul indicateur.
L’objectif détermine les indicateurs
C’est probablement le principal parallèle que je fais avec l’entreprise.
On mesure parfois trop vite le succès d’un projet avec son résultat le plus visible.
La date de livraison.
Le chiffre d’affaires.
Le nombre d’utilisateurs.
Le lancement.
Mais ces indicateurs n’ont de sens que si l’objectif a été correctement défini au départ.
Si l’objectif est de tester une nouvelle méthode, la réussite peut être d’obtenir suffisamment de retours pour décider de la suite.
Si l’objectif est de la déployer à toute l’entreprise, il faudra mesurer l’adoption, la formation, l’organisation ou la performance.
Même sujet.
Mais pas le même objectif.
Et donc pas les mêmes moyens.
L’expérience sert aussi à mieux cadrer
On associe souvent l’expérience à la capacité de réussir davantage.
Je pense qu’elle sert surtout à mieux cadrer les projets.
Les réussites comptent.
Les échecs aussi.
Ils permettent parfois d’identifier plus tôt qu’un objectif est trop large, trop flou ou mal compris.
Ils obligent à poser quelques questions simples :
- Pourquoi faisons-nous réellement ce projet ?
- Qu’est-ce qui constituera une réussite ?
- Qu’est-ce qui est indispensable ?
- Quels moyens sont cohérents avec cette ambition ?
- Et avec qui faut-il partir ?
Il y a quelques années, Adrien Duvillard nous avait partagé une idée lors d’une intervention auprès de nos managers : la performance finale est aussi une conséquence de tout ce qui a été construit avant.
Je trouve cette idée de plus en plus juste.
La performance commence rarement au moment où l’on mesure le résultat.
Elle commence beaucoup plus tôt.
Au moment où l’on décide précisément ce que l’on cherche à réussir.
Avant le “comment”, le “pourquoi”
Dans beaucoup de projets, la première question devient rapidement :
Comment allons-nous le faire ?
Quel outil ?
Quelle équipe ?
Quel budget ?
Quel planning ?
Je pense qu’une question doit venir avant :
Qu’est-ce que nous cherchons exactement à réussir ?
Parce que la réponse conditionne presque tout le reste.
Sur l’OCC, terminer restait une ambition.
Mais ce n’était plus mon seul critère de réussite.
Ce n’était pas une manière de revoir l’objectif à la baisse.
C’était une manière de mieux le définir.