L’Humeur

    Réflexion personnelle

    Et si l’IA était pire que le télétravail ?

    Par Publié le

    Je n’ai jamais été convaincu par cette inquiétude autour du télétravail : « Comment savoir si les collaborateurs travaillent vraiment ? »

    Pour moi, l’intérêt du bureau se situe ailleurs : échanger, transmettre, accompagner les plus juniors et créer une énergie collective. Pas surveiller des écrans.

    Mais avec l’IA, une autre question m’intéresse : savons-nous encore distinguer le temps passé, le résultat obtenu et les compétences réellement développées ?

    Portrait de Roland Debrabant souriant, en chemise blanche, devant la mer et des voiliers

    Une présentation en dix minutes. Et alors ?

    Imaginons une présentation préparée en dix minutes grâce à l’IA, plutôt qu’en une journée. Est-ce un problème ? Certainement pas, si elle répond au besoin et que son contenu a été vérifié.

    Mais produire plus rapidement ne signifie pas automatiquement produire mieux.

    Une enquête Gallup publiée le 6 octobre 2026, fondée sur les réponses de 7 845 salariés américains utilisant l’IA, illustre cette différence : 63 % déclarent réaliser leurs tâches plus vite, mais 46 % estiment produire un travail de meilleure qualité. Ce sont leurs perceptions, pas une mesure indépendante de leur performance. (source : Gallup)

    63 %

    disent travailler plus vite

    46 %

    disent travailler mieux

    Voilà le sujet : la vitesse est un bénéfice. Elle ne dit pas tout du travail.

    Pourquoi faudrait-il cacher le temps gagné ?

    Avant de soupçonner les utilisateurs de vouloir dissimuler leurs gains de productivité, regardons comment leur travail est jugé.

    Dans une expérimentation publiée par Atlassian le 10 juin 2026, 961 professionnels américains ont évalué des productions identiques. Lorsque l’utilisation de l’IA était mentionnée, la proportion de participants recommandant leur auteur pour un projet à forte visibilité baissait de 24 points de pourcentage. Même résultat, mais jugement différent sur la personne. (source : Atlassian)

    Difficile d’encourager la transparence si reconnaître l’usage de l’IA revient à dévaloriser son travail.

    Et la crainte d’une charge supplémentaire mérite aussi d’être entendue : dans l’enquête Gallup, 31 % des utilisateurs déclarent que leur utilisation de l’IA a conduit leur employeur à leur demander davantage de responsabilités. (source : Gallup)

    Le temps gagné ne devrait pas devenir une sanction.

    Le vrai risque : confondre production et progression

    C’est ici que je situe la véritable fracture. Pas entre les salariés et leurs managers. Ni entre les utilisateurs de tel ou tel outil.

    Entre réussir à produire quelque chose et comprendre réellement ce que l’on produit.

    Une expérience publiée par Anthropic le 29 janvier 2026, menée auprès de 52 développeurs apprenant une nouvelle bibliothèque informatique, pose précisément cette question. Au test de compréhension réalisé après l’exercice, le groupe assisté par l’IA obtient en moyenne 50 %, contre 67 % pour le groupe sans assistance. Cette expérience limitée ne démontre pas une perte durable de compétences dans tous les métiers. Mais elle rappelle qu’une tâche accomplie n’est pas nécessairement une compétence acquise. (source : Anthropic)

    La nuance est essentielle : les chercheurs observent aussi de meilleurs résultats chez les participants qui utilisent l’IA pour demander des explications et comprendre, plutôt que pour simplement déléguer. La manière de l’utiliser compte. (source : Anthropic)

    Une présentation peut donc être un point d’arrivée. Ou le point de départ d’une idée que l’on approfondit, d’un business model que l’on teste, d’un prototype que l’on construit.

    Sans obligation de remplir chaque minute économisée. Gagner du temps, souffler ou retrouver de la disponibilité a aussi de la valeur.

    En conclusion

    Alors, l’IA serait-elle pire que le télétravail ? Pas nécessairement. Mais elle nous oblige à revoir nos repères.

    Le véritable risque n’est pas de travailler moins longtemps. C’est de croire que nous avons progressé simplement parce que nous produisons plus vite.

    Voir les autres textes de L’Humeur